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Du bon usage du rasoir (Philosophique) pour l’établissement et le développement des Connaissances qui sont des Biens COOPÉRACTIFS par essence.

Établir, développer et structurer des Connaissances nécessitent plusieurs ingrédients. Outre la volonté qui est le levain primaire, il y a aussi la mise en place d’outils pour trouver les nouvelles Connaissances. Ces outils sont, pour l’instant, des méthodes qui agissent comme des ferments ou des leviers.

Encore ne faut-il pas sacraliser outre mesure les outils par rapport aux valeurs humaines. Ils ne sont pas au-dessus. Et tous les outils ne sont pas infaillibles. Surtout lorsqu’ils sont mal compris et/ou mal utilisés. Le cas plus emblématique est le rasoir d’Ockham ou Occam qui tire son nom du Frère Franciscain Guillaume d’Ockham, surnommé le Vénérable Initiateur.

Image Wikipedia. D’après le manuscrit de Summa Logicae, 1341
  1. Le sel de cette Méthode a été traduit et simplifié, à tort, par ” Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?”. Si on lit l’énoncé un peu plus développé dans les fondements du Principe, on voit que cela est plus subtil que ce raccourci intellectuel repris en début de phrase.
    2. L’article dans Wikipédia liste déjà les limitations de l’outil. Notamment lorsque deux hypothèses à la complexité proche sont en opposition pour résoudre une problématique.
    3. Mais la véritable limitation du rasoir, là où la lame ne fonctionne plus, c’est lorsqu’on le sort de son champ opératoire (les sciences dites “dures“, “Physiques”) pour le faire jouer dans le champ des sciences dites douces où c’est l’Humain qui prévaut entièrement.
    Il ne faut pas utiliser les outils en-dehors de leurs champs de compétence. Et le rasoir d’Occam ne fait pas exception à la règle.

Prenons ainsi le cas de l’ensemble des opérations d’intoxication et d’enfumage menés par les Services Secrets Britanniques pour, non seulement, faire croire au service secret militaire Allemand que des débarquements n’auraient jamais lieu aux véritables endroits, mais aussi pour faire déménager des troupes et ressources à des endroits où rien n’était prévu. Les plus connues sont les opérations Fortitude qui ont leurré, avec brio, les armées allemandes sur le lieu du futur débarquement libérateur à l’Ouest qui surviendra finalement le 6 juin 1944 sur les plages Normandes. Mais il y eut également l’opération Mincemeat qui permit l’invasion de la Sicile et l’envoi en Grèce de 2 divisions blindées Panzer prélevées sur le front de l’Est et qui devait participer à la gigantesque bataille déterminante de chars de Koursk.

En quelques mots, l’opération Mincemeat consista, par les services secrets Britanniques, au “largage” le 30 avril 1943 vers les cotes espagnoles de Huelva (Pays neutre pendant la deuxième guerre Mondiale mais aligné sur l’Allemagne nazi) d’un cadavre rempli de faux documents secrets faisant croire à un futur débarquement des troupes alliées en Sardaigne et dans les Balkans. Alors que le véritable débarquement aura lieu en Sicile le 9 juillet 1943. L’opération fut donc un succès brillant et complet, car les services secrets Allemands ont pris au mot les fausses informations contenues dans les soi-disant documents top secret du cadavre et ont dégarni la Sicile des troupes nécessaires à une bonne défense.

Wikipedia. La tombe de l’homme qui n’a jamais existé.

Or si l’on prend au pied de la lettre le rasoir d’Ockham [ce qui effectivement n’est pas très facile :-)], l’économie de moyens prônée par la méthode ne permet pas de détecter la manipulation réalisée par les services secrets Britanniques. Car pour faire la différence entre trouver un cadavre portant des documents secrets et réaliser qu’il s’agit d’une opération d’intoxication, il y a de nombreux points de complexité à trouver et détecter. Il faut ajouter :

  • La mise à disposition d’un cadavre présentant des symptômes de noyade
  • Garder ce cadavre dans de bonnes conditions (cf. la page Wikipedia)
  • Inventer et réaliser de faux documents crédibles
  • Inventer un Curriculum Vitae crédible et étayé de la personne en question
  • Rattacher ce CV à des personnes ayant vraiment existé
  • Rattacher ce CV à des institutions tant censées avoir eu cette personne
  • Déterminer le lieu où le cadavre va être trouvé pour que les services secrets allemands soient informés d’une manière ou d’une autre.
  • Connaître les courants et horaires de marée pour que le cadavre aille bien sur la bonne plage
  • Faire venir un sous-marin au bon endroit et au bon moment, sans encombre.
  • Et surtout, sans doute le plus difficile, il faut pouvoir imaginer que la totalité des espions nazis en Angleterre a été détectée et retourner. Et qu’ils travaillent maintenant uniquement pour les services secrets Alliés. Et tout ce qu’ils envoient dans les rapports de renseignements à Berlin est entièrement contrôlé, de A à Z, mot par mot, par les Alliés qui feront tout pour accréditer l’hypothèse de l’accident et de la chance fortuite et inespérée d’avoir de véritables documents top secret pouvant permettre aux nazis de contrecarrer les contre-attaques à venir.

On voit ainsi très clairement que les couches de complexité rajoutées par les services secrets Alliés s’éloignent très fortement du principe de simplicité incluse et base de la méthode du rasoir d’Ockham.

Le rasoir d’Ockham n’est pas adapté à comprendre la complexité.
Surtout quand elle est organisée…

Donc un outil vrai et opératif dans un domaine scientifique ne l’est pas forcément dans un autre. Son utilisation peut même entraîner des conclusions à l’opposé de ce qu’il faudrait véritablement mettre en place.
On mesure, lorsqu’on parle des champs Humains par essence et excellence que sont l’Économie, le Social et la Culture à quel point les impacts peuvent être dévastateur pour le niveau d’une Civilisation.

On peut donc en déduire qu’il faut développer :
1) La prudence dans l’utilisation des outils “intellectuels”.
2) Les investissements continus dans la recherche, la mise au point et l’amélioration de nouveaux ou anciens outils.
3) Des tests, encore des tests et toujours des Tests !
C’est par la volonté et l’exigence que nous pourrons valider si les méthodes et outils visant à améliorer les Connaissances sont réellement bénéfiques.
Et surtout de savoir dans quel cadre et dans quelle condition chaque outil est pertinent. Ou pas !


Philippe AGRIPNIDIS

Co-Créateur de Biens COOPÉRACTIFS

Les Biens COOPÉRACTIFS sont une nouvelle forme d’organisation sociale et économique. ALPHARIS, la Manufacture des Biens Coopéractifs, est dédiée à l’imagination, l’assistance, la conception, la mise en œuvre et la diffusion de cette nouvelle forme d’organisation économique et sociale pour la création de produits, services et inventions.